L’esprit scientifique

L’esprit scientifique

« La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles. Elle est d’échapper aux idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l’esprit des personnes ayant reçu la même formation. »

John Maynard Keynes

Prédire pour survivre

À des degrés divers, chaque organisme, donc celui de chaque humain, mémorise au cours de l’histoire de ses interactions avec ses environnements naturel et culturel, chaque acte dont la conséquence affective lui semble remarquable. C’est-à-dire ceux dont la conséquence émotionnelle a satisfait son désir ou évité un désagrément, voire une douleur, ici et maintenant ou à plus long terme en faisant des plans[1].

Chaque acte mémorisé, indissociablement composé d’éléments émotionnels, perceptifs, cognitifs et moteurs, est susceptible de se remémorer, lorsqu’un changement d’état de l’organisme provoqué par ses systèmes endocrinien, émotionnel, sensoriel, proprioceptif… et/ou quand l’événement qu’il perçoit dans l’environnent avec lequel il interagit, réactive des éléments d’une configuration neuronale semblable à celle qui s’activât au cours de l’épisode où cet acte s’était mémorisé, et qu’en se propageant, cette réactivation ré associe à ce souvenir la valeur d’usage qui résultât de l’effet produit par sa composante motrice et la valeur émotionnelle qu’il perçût en conséquence de ce comportement. Cette réactivation se traduit par la reconnaissance de l’association d’indices perçus dans cette situation nouvelle, la suggestion d’une procédure motrice et le besoin[2] de ressentir à nouveau le plaisir qui fût perçu ou celui d’éviter le désagrément qui fût ressenti. Alors, tandis que les ressources attentionnelles de l’organisme focalisent ses capteurs sensoriels sur ces repères situés dans son contexte, il mobilise les capacités cognitives et motrices qui lui ont déjà permis de satisfaire ce désir ou d’échapper à ce désagrément, voire à cette douleur probable.

[1] Nous étudierons plus en détail cette aptitude, dans les chapitres concernant la neuropsychologie des apprentissages.

[2] Un besoin est un désir médiatisé par la culture.

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3 Performances du skieur alpin, ruses technologiques et justifications biomécaniques

3 Une pensée systémique

L’image 2, est empruntée à un ouvrage paru en 1979[1]. Elle montre que le centre de gravité du skieur qu’elle représente est à l’extérieur de son corps, lorsqu’il adopte la posture qu’elle illustre, ce qui est déjà hautement éducatif, et transpose graphiquement l’inventaire que le texte qui la commente, fait des forces que le contexte physique exerce sur le système corps polyarticulé du skieur-skis lorsqu’il glisse en trace directe face à la pente, ce qui correspond à une situation extrêmement rare à ski alpin, et tente aussi de le faire lors de la pratique la plus courante, c’est-à-dire chaque fois que le skieur crée une force déviatrice avec laquelle il modifier la direction du CGglobal du système dont il fait partie (image 3). Ce texte indique justement la conséquence qu’a la somme des forces motrices et des forces résistantes sur les variations de la vitesse du système lorsqu’il descend en suivant la ligne de plus grande pente[2], aborde la dynamique du corps polyarticulé du skieur en faisant référence à l’inertie de ses configurations segmentaires, omet de définir précisément les techniques corporelles qu’il utilise pour provoquer cette déviation et n’explicite aucunement leurs causalités mécaniques (moments).

Pour continuer à lire : chapitre 3

[1] Larson O. et Major J., 1979, Le ski des champions, Librairie Arthaud, Paris.

[2] Nous étudierons, au cours de cet article, les différentes composantes de la force résistante limitant finalement la vitesse du skieur.

2 Performances du skieur alpin, ruses technologiques et justifications biomécaniques

2 L’étude du système corps polyarticulé du skieur-skis-contexte physique

Deux obsessions doivent guider tout chercheur : confronter ce qu’il croit savoir sur l’objet de sa recherche à des références scientifiques formalisées par certains de ses aînés, au cours de l’histoire des sciences, à partir de leurs propres expérimentations et, simultanément, limiter la subjectivité de ses observations en effectuant des mesures, cela avec d’autant plus de précision que le système qu’il investigue est complexe. Alors, il lui sera peut-être possible de proposer des causalités généralisables.

2.1       Les références scientifiques

Comme nous étudions le fonctionnement du système “corps polyarticulé du skieur-skis-contexte physique”, nous nous référerons, au cours de cet article, aux caractéristiques cognitives, perceptives et motrices de l’homo-skieur, à la viscoélasticité de ses systèmes musculo-tendineux, à des propriétés élémentaires du manteau neigeux, et aux trois lois de Newton qui nous permettent d’étudier sa dynamique. Cela en fonction des nécessités conceptuelles permettant d’élucider les connaissances abordées par chaque paragraphe.

Pour continuer la lecture : chapitre 2

Désirs, émotions, l’hédonisme revisité

Vers le plaisir

L’activité d’un organisme est un « usage de soi par soi » [1]. Elle est orientée par son système des émotions qui s’est sélectionné au cours de l’évolution des espèces, parce que la mémoire des émotions favorise la survie et la reproduction de l’être qui est doté de ce système.

Le système des émotions traduit en désir ou en appréhension, en dégoût, en peur… la variation d’un paramètre homéostasique [2] et/ou une modification d’un taux hormonal [3] et/ou une interaction probable avec une chose ou un être qui entre dans les champs de ses capteurs sensoriels.

Un désir est l’anticipation d’un plaisir probable. L’aversion celle d’un désagrément plausible, la peur une douleur prévisible. La variation hormonale produite par la satisfaction d’un désir, que le système des émotions traduit en plaisir, apaise l’activité de l’organisme, jusqu’à ce qu’un nouveau désir naisse. Celle qui vient d’une frustration l’active momentanément, jusqu’à ce que le plaisir convoité l’apaise. Une autre venant d’une douleur fait paraître le plaisir inaccessible, tout comme une frustration répétée… Le système des émotions attribue une connotation émotionnelle à chaque épisode vécu par l’organisme.

Pour lire tout le texte : désir_emotion

L’École Nouvelle

L’expression, École Nouvelle, ne signifie aucunement que nous créons une énième école de ski ou une structure privée d’entraînement qui se caractérise principalement par l’originalité de la couleur des anoraks portés par les monitrices, les moniteurs ou les entraîneurs.

Dans ce site consacré à la technologie[1] du ski alpin, notre référence à l’éducation Nouvelle[2] indique que nos pensées sont orientées par celles de ses inventeurs[3] et par les innovations pédagogiques de ses enseignants. Ces derniers ayant pour tâche d’aider chaque jour des apprentis à dépasser les difficultés faisant obstacle à leur apprentissage[4], convaincus que l’échec à un apprentissage scolaire ou sportif n’est pas une fatalité ou de la seule responsabilité de l’élève.

pour continuer la lecture : éducation_nouvelle

[1] La technologie est la science des techniques.

[2] GFEN http://www.gfen.asso.fr/fr/accueil

[3] Rousseau, Pestalozzi, Montessori, Decroly, Makarenko, Wallon, Freinet, Claparède, Piaget, Perret-Clermont…

[4] Ou obstacles épistémiques. Bachelard G., 1967, La formation de l’esprit scientifique, Éditions Librairie Philosophique J. Vrin.

1 Performances du skieur alpin, ruses technologiques et justifications biomécaniques

1 C’est quand qu’on accélère ?

Cet article est la conséquence d’une question posée, entre la poire et le fromage, par un entraîneur du comité Dauphiné que j’ai conseillé quand il était poussin : c’est quand qu’on accélère à ski alpin ?

Comme j’ai été pris au dépourvu, j’ai répondu hâtivement : quand on est face à la pente. C’est idiot ! Parce que ce n’est pas systématiquement vrai. D’où me vient ce besoin de trouver immédiatement une réponse simpliste à une question complexe ? Peut-être du désagrément provoqué par l’exposition de mon ignorance ? J’aurais plutôt dû répondre : je ne me suis pas encore vraiment posé la question en ces termes. Je vais l’étudier. Je te répondrai quand j’aurai découvert la façon dont il faut s’y prendre. Mais au lieu de cette réponse, j’ai proféré une bêtise qui prend sans doute racine dans les croyances enfouies dans mon inconscient.

Comme il a été universitaire, s’il m’a posé cette question, c’est sans doute qu’il n’a pas trouvé sa réponse dans la littérature. Du coup, il m’a donné envie de la découvrir. Et comme la meilleure façon d’étudier est de rédiger, je me retrouve devant mon écran d’ordinateur, en train d’écrire cet article. J’espère qu’en le diffusant, il sera utile aux apprentis skieurs de loisir ou de compétition.

Mais l’entreprise n’est pas dénuée de périls. En décidant d’effectuer ce travail, du point de vue peu académique sur les activités humaines que nous avons coconstruit avec les membres de l’équipe du laboratoire avec lesquels j’ai coopéré au cours de mon travail de thèse[1], je prends le risque de déclencher de nouvelles polémiques. Tant pis, je suis coutumier du fait. Les controverses prouveront au moins qu’il a été lu. Et tant mieux, car certaines se révéleront sans doute constructives, parce que la dispute est féconde. Merci mon gars !

Lire le chapitre 1

A suivre…

 

La biomécanique du torse des skieurs alpins

Pourquoi focalisons-nous notre attention sur le fonctionnement du torse[1] des skieurs ? Parce que nos diverses analyses en trois dimensions des techniques corporelles des athlètes de coupe du monde nous ont révélé, que lorsqu’ils se pilotent par exemple vers la droite, ils vissent leur torse fléchi vers l’avant à gauche. Avec cette habileté motrice, ils orientent l’axe de leurs épaules vers l’extérieur de la trajectoire du ski gauche dans ce cas, ainsi que leurs membres supérieurs, tandis que l’axe de leurs hanches reste à peu près perpendiculaire à lui. Nous avons mesuré avec des plateformes de force situées entre le ski et la chaussure la conséquence mécanique qu’a ce “vissage″ : il rend prédominant l’effort neige→ski sur le pied gauche dans ce cas, d’autant plus que le vissage est important, parce qu’il déplace le centre de gravité de cet ensemble dans cette direction [1]. Ces athlètes de haut niveau ont donc appris, intentionnellement ou non, à déformer l’ensemble articulé qu’est leur torse pour rester en appui prédominant sur leur pied extérieur lorsqu’ils augmentent l’angle de carre.

[1] Le torse désigne une partie du corps sans tête, sans bras et sans jambes.

Lire la suite : le torse

Une méthodologie de recherche pour la didactique du ski alpin

Nous constatons souvent que différentes appréciations sont énoncées, quand des moniteurs et/ou entraîneurs de ski alpin observent un même skieur dans un même contexte pour évaluer ses techniques. Nous remarquons aussi que la même évaluation technique suscite des conseils différents. Nous observons en plus une hétérogénéité du vocabulaire utilisé pour mettre en mots les techniques corporelles et matérielles, les perceptions avec les conceptions mécaniques et les significations attribuées à chacun de ces mots. Preuves qu’ils ne partagent pas les mêmes référentiels technologiques et lexical.

Inévitablement, ces divergences technologiques et cette polysémie désorientent l’activité de l’apprenti skieur de loisir ou de compétition. C’est donc pour limiter les quiproquos et ses errements que nous avons élaboré un référentiel de connaissances susceptibles d’objectiver la compréhension de chaque causalité biomécanique existant entre la mise en œuvre d’une technique corporelle et sa conséquence mécanique donc perceptive, pour rendre plus justes les évaluations et plus compréhensibles les interventions des acteurs qui interagissent pendant les situations éducatives.

Le constat que nous évoquons ci-dessus justifie la nécessité que nous avons ressenti d’effectuer une recherche pour la technologie du ski alpin, afin d’élaborer un référentiel technologique à partager entre les acteurs de la performance[1]. Nous avons initié cette investigation en nous posant les trois questions de départ suivantes :

  • Que font réellement les skieurs experts et pourquoi ?
  • Que doit-on observer pour évaluer précisément les techniques d’un skieur, afin de pouvoir le conseiller justement ?
  • Que suffit-il de transmettre pour faciliter l’apprentissage des techniques efficientes ?

[1] Les acteurs de la performance sont tous ceux qui participent à celle-ci : les athlètes, les entraîneurs, les préparateurs physiques et mentaux, les fabricants des équipements, les préparateurs des pistes, les instances fédérales nationale et internationale…

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Une nouvelle méthode pour de futurs champions